Une femme en train d'investirUne femme en train d'investir
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Ce n’est une surprise pour personne : aujourd’hui encore, les femmes investissent moins que les hommes (oui, même en 2022).

Et même si on aborde encore et toujours (et heureusement) le sujet des inégalités salariales, il est primordial de mettre sur la table celui de l’investissement. Parce que là aussi, des disparités existent.

C’est ce qu’on appelle aux States - prenez votre meilleur accent anglais dans votre tête - le fameux Gender Investing Gap. Ce mot à ressortir aux apéros entre potes, incarne justement cet écart d’investissement entre les genres, qui a, comme on s’en doute, des répercussions énormes sur les femmes et leur avenir.

Attention, je vous vois venir avec vos gros sabots. Non, cette différence n’est pas le fruit d’un manque de motivation ou d’intérêt pour le sujet de la part des femmes.

C’est le résultat d’une histoire qui les a exclues (volontairement) du domaine de l’investissement pendant des siècles et, n’ayons pas peur des mots, d’un système patriarcal bien ancré.

Malheureusement, les effets se ressentent encore aujourd’hui. Mais heureusement les choses commencent à changer.

Le Gender Investing Gap, yes and what else ?

Le concept du Gender Investing Gap, qu’on peut traduire par l’écart d’investissement entre les hommes et les femmes, n’est vraiment pas compliqué à comprendre : les hommes investissent en moyenne beaucoup plus que les femmes. Ce qui au fond n'est pas vraiment une surprise.

Les chiffres varient selon les études, mais les femmes investissent en moyenne entre 29% et 40% moins que les hommes – une sacrée différence.

En plus d’être moins nombreuses à investir dans le finance game, quand elles investissent, elles placent une proportion plus faible de leur épargne.

Souvent, elles préfèrent garder l’argent en liquide ou le placer sur des livrets d’épargne plutôt que de l’investir. Et quand elles le font, elles vont avoir tendance à se diriger vers des supports moins risqués (comme le fonds en euro des assurances-vie, par exemple).

Une étude de J.P. Morgan montre par exemple que 79% des femmes épargnent régulièrement, alors que seulement 18% investissent assidûment.

En plus, la France fait partie des derniers de la classe puisque c’est dans notre cher pays bleu-blanc-rouge et au Royaume-Uni que la proportion d'investisseuses reste la plus faible.

Et ici encore, ce n’est pas à cause d’une supposée essence féminine qui fait que les femmes sont douces et peureuses de nature. On l’explique un peu plus bas, mais c’est parce qu’elles n’ont pas forcément reçu la même éducation financière, ou qu'elles sont moins souvent prises en considération dans le monde financier.

Note

PS : On a aussi récemment discuté du Gender Investing Gap dans le podcast Mon Budget Zen.

Pour écouter cette super discussion avec Thomas, c’est par ici.

Pourquoi est-ce que cet écart existe ?

Contrairement à ce que pourrait dire tonton Roger aux repas de famille, ce n’est seulement parce que les femmes ne s’intéressent pas au sujet qu’elles investissent moins.

Il existe un gros cocktail (et c’est pas forcément un mojito à la fraise) de raisons qui font que l’investissement les attire moins, encore aujourd’hui.

L’écart de salaire (mais pas que)

L’une des premières raisons évidentes, vous l'aviez peut-être deviné : c’est l’écart de salaire.

Pas besoin d’avoir fait Math Sup pour le savoir : les femmes gagnent en moyenne moins que les hommes.

Pourquoi ?

Tout simplement à cause (entre autres) :

  • Des écarts de salaire à poste et compétences égales
  • Des mi-temps bien plus souvent effectués
  • Des “trous” plus important dans leur carrière (coucou la maternité et la charge mentale qui s’y rattache)

Toucher un salaire moins important, ça revient in fine à avoir moins d’argent disponible à épargner et donc à investir.

Sans compter que moins de moyens rime avec une moindre capacité à prendre des risques, ou en tout cas revient à prendre des risques réduits. Spoiler alert, on va parler de ce point et de son importance un peu plus loin.

Et qui dit moins de risque dit une chance réduite de voir son flouz prospérer de manière exponentielle au fil des années. Puisqu’on en parle dans plusieurs articles, mais les placements plus risqués ont généralement des rendements plus importants, et vice versa.

Bien sûr, c’est loin d’être la seule raison qui explique le Gender Investing Gap et tout ce qui en découle. Ce qui nous amène aux points suivants… roulement de tambour.

Le monde financier actuel a été construit par des hommes, pour des hommes

Avant d’aller plus loin, petit rappel historique à la Stéphane Berne pour comprendre l’histoire de cette exclusion des femmes de l’investissement.

Le système financier dans son ensemble a été construit de manière inégale et les progrès des dernières années ne permettent pas d’effacer des siècles de déséquilibres. Normal, on vit dans une société patriarcale où les inégalités restent monnaie courante.

Illustrons tout ça par quelques exemples assez parlants.

  • Avant 1967, les femmes avaient interdiction de mettre un orteil (ou un bout d’escarpin) à la Bourse de Paris (en gros, LE lieu où s’échangent les actions en bourse). Cela fait donc seulement 55 ans qu’elles ont ce droit : une seule génération, quoi. Donc votre grand-mère avait probablement interdiction d’y entrer. C’est Annik Beauchamp qui a été la première femme à y accéder, et c’était pour faire un reportage sur la Bourse (la curiosité étant un bon défaut, voici la vidéo). C’est cette année-là que le métier de trader a été ouvert aux femmes.
  • Impossible pour une femme d’ouvrir un compte en banque seule avant 1965. Et 1965, ce n’était pas à une époque si lointaine. Avant, elles devaient avoir l’autorisation de leur mari, ou de leur père si elles étaient seules, pour ouvrir un compte en banque à leur nom. Sympatoche.

Voilà une autre raison qui fait que les femmes investissent moins : on les a tout simplement empêchées de le faire durant des siècles.

Des approches différentes en termes d’investissement

Les femmes et les hommes ont de manière globale des façons différentes de voir et d’aborder l’investissement. Et je répète, ce n’est pas à cause d’une supposée nature et essence féminine douce et délicate. C’est à cause de la manière dont nous sommes sociabilisés dès le plus jeune âge selon notre genre.

Donc, encore aujourd’hui, l’investissement est toujours vu, discuté et abordé sous un angle très stéréotypiquement masculin. Qu’est-ce que j’entends par ça ?

Prenons l’exemple des contenus sur la thématique : ils sont majoritairement créés par des hommes. Idem pour les prises de paroles sur les thématiques économiques dans les médias.

En 2021, seulement 1% des interventions médiatiques sur ces thématiques financières et d’investissement étaient effectuées par des femmes selon l’Observatoire de la Parité dans la Presse.

Et cerise sur la Forêt Noire : beaucoup de contenus de ce type abordent les sujets de l’investissement un peu comme un “hobby”, un jeu de casino, ou un moyen de s’élever socialement en devenant riche rapidement ou un pro du trading.

Clairement, c’est une façon de traiter le sujet qui, de manière générale, parle beaucoup moins aux femmes.

Oui, encore cette question d’éducation socioculturelle différenciée. Mais ici c’est d’autant plus marquant : les femmes ne se reconnaissent pas dans ce type de discours et dans les personnes qui prennent la parole dessus. Et donc elles passent bien souvent moins à l’action.

Comment les femmes voient-elles l’investissement ?

Un autre obstacle à l’engagement des femmes dans les thématiques de l’investissement, c’est la perception qu’elles ont du monde de l’investissement.

Bien évidemment, cette perception a du mal à changer quand les contenus éducatifs sur l’investissement ne s’adressent pas à elles. CQFD.

Pour autant, il faut savoir que cette perception à des avantages :

  • Les femmes ont tendance à voir l’investissement comme un engagement de long terme et d’éviter de prendre des risques démesurés.
  • Certaines études montent aussi que les femmes sont moins actives que les hommes sur leurs investissements déjà existants (elles achètent et vendent moins souvent). Dis comme ça, on peut avoir l’impression que c’est une mauvaise chose. Sauf qu’en réalité, c’est un avantage : en moyenne, plus l’on touche à ses investissements, moins les rendements sont bons. Bref : jouer au devin n'est pas forcément une bonne idée.
  • Elles réagissent moins émotionnellement que les hommes aux hausses et baisses des marchés (vous auriez imaginé le contraire, hein ?)

Autant de bonnes pratiques desquelles tout le monde pourrait apprendre.

Mais tout serait trop beau si leurs croyances n’amenaient que des points positifs. Les idées reçues ont aussi la vie dure et peuvent devenir des obstacles qui les empêchent de se lancer.

Pour reprendre l’étude de JP Morgan, une majorité de non-investisseuses pense que :

  • Les investissements sont à surveiller en permanence (alors qu’on peut en réalité investir sur le long terme en à peine quelques minutes par mois).
  • Investir est une pratique compliquée (elle nécessite effectivement un temps d’apprentissage, mais on peut parfaitement apprendre à le faire ou se faire accompagner).
  • Investir, c’est comme un jeu de hasard (alors qu’on peut investir dans une perspective et d’une manière complètement différente de miser tout son argent sans trop savoir et croiser les doigts, comme au casino).
  • On ne peut pas se permettre de prendre des risques avec son argent.
  • Que l’investissement est réservé à celles qui ont beaucoup d’argent (on peut aujourd’hui investir avec de petites sommes – parfois mêmes seulement quelques dizaines d’euros).

Difficile aussi de parler de l’écart d’investissement sans parler des différences en termes de confiance.

Une étude de Merrill Lynch et Age Wave a révélé que seulement 52 % des femmes déjà investisseuses se disent confiantes dans la gestion de leurs investissements, contre 68 % des hommes. Pour les femmes qui n’investissent pas, ce manque de confiance est aussi un gros facteur qui les empêche de se lancer.

Et non, il ne suffit pas de “juste” s’affirmer et de prendre confiance en soi.

Dans une société pas tout à fait très égalitaire, où les femmes sont éduquées à être dans l’attente et non pas l’action comme les hommes et qu’elles ont été exclues de toutes discussions sur l’argent, tout est bien plus compliqué que ça. On évoque quelques solutions juste après.

Et pourtant, les femmes sont en moyenne meilleures investisseuses que les hommes

Les femmes ont moins confiance en elles, et pourtant, on ne compte plus les études qui ont montré que quand les femmes investissent, elles ont tendance à surperformer les hommes d’année en année.

Cette année, la grande entreprise américaine Fidelity a par exemple apporté sa contribution au château de cartes en analysant les portefeuilles de ses clients : sur une période de 10 ans, ses clientes ont gagné en moyenne 0,4 % (40 points de base pour les matheux) de plus par an que leurs homologues masculins.

Pour les personnes qui, comme moi, ont arrêté les maths en seconde, voici ce que ça veut dire : si les hommes gagnaient en moyenne 5% par an, les femmes gagnaient en moyenne 5,4% par an.

Cela peut sembler peu exprimé en pourcentage, mais sur quelques décennies, cela peut en réalité représenter des dizaines de milliers d’euros voire plus. Le fameux effet boule de neige.

Pourtant, dans cette même enquête, seules 9 % des participantes ont déclaré qu'elles pensaient que les femmes étaient meilleures pour investir que les hommes. Étonnant ? Pas vraiment.

Le manque de confiance (lié à toutes les raisons évoquées plus haut) continue de leur coûter chaque année. En plus, ce qui n’arrange rien, c’est que les femmes sont socialisées dès leur enfance pour être parfaites, pour tout savoir avant de se lancer. Le problème ? En investissement, il est tout simplement impossible de tout savoir (et c’est tout à fait normal).

L’impact de l’écart d’investissement sur les femmes

S’il y a une chose à garder dans un coin de sa tête c’est que les femmes sont toujours, et encore, perdantes sur le long terme. Parce que moins investir et prendre des risques moins élevés avec son argent créé un manque à gagner énorme.

Ce n’est pas nouveau : l’investissement rapporte en moyenne bien plus que les livrets d’épargne. Selon l’AMF, un placement diversifié en actions sur le long terme a rapporté sur 15 ou 20 ans un rendement entre 5 et 7%.

Quand on compare aux livrets d’épargne dont le taux dépasse difficilement les 2% (le livret A est actuellement à 1%), on voit vite l’énorme différence, sur toute une vie, que peut rapporter l’investissement d’une partie plus ou moins importante (selon ses moyens) de son argent.

C’est donc un écart de richesse qui continue encore et toujours de se creuser entre les femmes et les hommes.

Et les conséquences de cette situation financière moins avantageuse pour les femmes sont nombreuses.

C’est un vrai problème face à certaines situations, comme par exemple :

  • L’indépendance financière réduite restreint les femmes à quitter des situations conjugales difficiles.
  • La retraite est plus compliquée, en général, pour les femmes. Elles touchent encore 40% de moins que les hommes (sans prendre en compte les pensions de réversions – une partie de la retraite dont aurait pu bénéficier notre conjoint·e décédé·e). Si les femmes investissement moins et finissent leur vie avec un patrimoine en moyenne bien moins grand que les hommes, elles seront encore plus impactées à l’âge de la retraite.

Comment réduire cet écart ?

Comme on le disait plus haut, même si notre objectif avec Moneylo est d’éduquer au maximum les femmes pour leur donner les bons outils pour franchir le pas, c’est l’industrie financière en entier qui a besoin de changer.

Comment ?

Grâce à l’amélioration de la représentation dans le secteur ou l’encouragement des femmes à investir en leur proposant des contenus et des produits qui répondent vraiment à leurs questionnements et à leurs problématiques.

Mais c’est aussi essentiel d’inciter les femmes à échanger autour des problématiques liées à l’argent et à l’investissement afin d’arrêter cette idée que femmes et argent = le mal incarné.

D’ailleurs, le même rapport de Merrill Lynch et Age Wave a montré que parmi les femmes interrogées, 61% préféraient parler de leur propre mort plutôt que de l’argent

Pour les femmes qui souhaiteraient investir, il faut comprendre qu’une fois votre situation financière stable (épargne de précaution, plus de crédits conso, projets clairs…), il ne reste plus qu’à se former (si envie et besoin) et à se lancer dans le grand bain.

Bien sûr, il ne faut jamais investir dans quelque chose qu’on ne comprend pas, mais il faut faire attention à ne pas tomber dans le pendant inverse : attendre de TOUT maîtriser sur le bout des doigts. Sinon, le plongeon ne se fait jamais.

Commencer par de petites sommes peut rassurer, ainsi que de se faire accompagner par des professionnel(les) si besoin.

Note

Sources :

Attention

Le but de Moneylo, ce n’est pas de vous donner des conseils, et encore moins de vous dire quoi faire.

Les informations que l’on donne sont seulement données à titre informatif et général : c’est ensuite votre propre responsabilité de décider si les informations présentées sont pertinentes selon votre propre situation.

Nous ne donnons pas de conseils personnalisés. Pour vous faire accompagner selon votre situation précise, consultez un conseiller financier.

Investir comporte un risque de perte.

Solene Rouvier, créatrice de MoneyloSolene Rouvier, créatrice de Moneylo
Solene Rouvier

Solene est la créatrice de Moneylo.fr, un site qui a pour mission de décomplexer et démocratiser le monde de l'investissement en France en le rendant accessible à tous, même aux débutants.

Emma Nübel, auteur de l'articleEmma Nübel, auteur de l'article
Emma Nübel

Emma Nübel est acribologue du web aka une rédactrice web SEO et copywriteuse qui choisit avec une extrême précision ses mots. Créatrice de la newsletter Féministe ton business, elle aime vulgariser certains concepts pour bousculer les pensées et les codes de l’entrepreneuriat. Pour Moneylo, elle met sa tonalité mordante au service d’un monde où parler d’argent n’est ni tabou, ni relou.

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